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Victime n°2

Tac, tac, tac, tac. Son répétitif de la canne sur le sol en bitume. Le vieil homme marchai à un rythme régulier, ni trop lent, ni trop rapide. Dans son dos, la menaçante silhouette noire, un objet métallique à la main, avançait calmement, calant ses pas pesants sur le bruit produit par la canne. Le pauvre homme ne se doutait de rien. Comment aurait-il pu ? Il ne se promenait ainsi guère souvent. Seulement lorsque sa jambe le faisait souffrir, certaines nuits, rappel de son âge. il fit une pause, juste sous un lampadaire. Baigné de cette lumière artificielle, il profita un instant de la brise. Une branche craqua, manquant d'achever son cœur fragile. Il se retourna et, filant à toute vitesse sur le sol, un animal passa. Un écureuil sûrement. Il soupira de soulagement. Par les temps qui courent, on se devait d'être prudent. Toutes ces histoires de morts et d'agression.

Il en avait vu une au journal télévisé, celui de vingt heures, le soir même. Il se rappelait très bien du lieutenant, un jeune homme dans la force de l'âge à l'air sérieux sur qui on pouvait probablement compter. En revanche, le nom de la fille ne lui revenait pas. Pauvre gamine, mourir si jeune. A trente ans on avait encore toute la vie devant soi, n'est-ce pas ? Sa fille à lui avait le même âge. D'ailleurs, elle était enceinte, il fallait qu'il pense à l'appeler.

Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas qu'un son lourd et de plus en plus désynchronisé du cliquetis de sa canne se rapprochait de lui. La silhouette accéléra encore un peu, jusqu'à se trouver à peine quelques centimètres derrière lui et, une fois assez proche, elle ceintura le vieil homme. Comme le première fois, ce fut plutôt rapide : un gémissement de douloureuse surprise étouffé, une courte lutte ponctuée de nombreux crissements et autres craquement sinistres puis un silence de mort.

Alors que la silhouette se redressait et s'en allait sans un regard pour sa nouvelle victime, le vieil homme glissa du bord de la route sur lequel il était en équilibre précaire et tomba dans le fossé au bord de la route. Il gisait sur le dos, les yeux et le bouches grands ouverts, derniers indices de son étonnement. Son pull verdâtre, qu'il entretenait avec soin depuis des années et qui datait de son mariage, était sali d'innombrables gouttelettes écarlates. Et, juste au niveau du cœur, un cœur qui devait, à son âge, être malade et fatigué, se trouvait, légèrement teinté de carmin, un éclat froid de métal argenté.



30/06/2016
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