100% bouquin

Soins et averse

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Alors que Luke s'en allait, je fis quelques remontrances au petit animal que je tenais toujours dans mes bras avant d'essuyer le sang qui gouttait de ma plaie d'un revers de manche. Pendant quelques minutes encore - en fait j'attendais que le jeune homme disparaisse de ma vue - j'ai continué à jouer avec le chaton puis, voyant les nuages sombres qui s'amoncelaient à l'horizon, je me suis résolue à le quitter. Ce genre de nuage signifiait inévitablement un orage, ici, à la campagne, et je me suis donc hâtée vers la demeure familiale. Sur le perron, ma grande sœur tentait visiblement de faire entrer quelque chose dans la tête vide de son prince charmant. Vraiment, il n'était pas à la hauteur du cerveau sur-développé d'Abi. A moins qu'il ne le fasse exprès. En fait, je soupçonnais la seconde option d'être vraie car ils avaient reçu la même éducation, tous les deux. Bien sûr, on m'avait donné quelques cours à moi aussi, mais rien d'aussi poussé. Ma passion se résumait à observer le monde autour de moi et je n'avais guère besoin de cours pour l'exercer. Je me suis approchée des futurs fiancés afin de comprendre les tenant et les aboutissants de leur conversation.

"...ce n'est pas une bonne idée ! s'exclamait mon aînée, perdant graduellement son sang froid.

- Mais si, je t'assure. Allez, viens, ça ira vite !

- Non, l'orage arrive, il ne faut pas sortir. Il fait presque nuit lors des orages d'ici !

- Abi a raison tu sais, ai-je dis en passant près d'eux. Les orages de la campagnes ne sont pas ceux de la ville. Tu devrais rentrer maintenant et rester sec plutôt que sortir et revenir trempé comme une soupe plus tard. Si tu reviens...

- Voilà, elle le dit aussi ! Personne ne le sait mieux qu'elle, elle passe tant de temps dehors qu'elle pourrait se retrouver dans le parc les yeux fermés et même savoir le temps qu'il fait sans les ouvrir ! a soutenu ma sœur, heureuse de mon arrivée inopinée."

Luke a grommelé un peu mais il a finit pas nous suivre à l'intérieur. Abigail le regardait de nouveau avec des yeux enamourés et j'ai pensé qu'il fallait mieux que je les laisse seuls. Mais à l'instant où j'allais prendre congé, la main délicate de ma grande sœur s'est posée sur mon poignet et elle m'a regardée avec attention avant de me prier de la suivre. Son probable promis nous a suivies sans demander de permission mais elle ne s'en est pas formalisée. Elle nous a donc entraînés jusque dans une salle d'eau et a ouvert un placard, puis un autre et encore un autre avant de trouver ce qu'elle avait mis tant d'efforts à chercher. Elle m'a fait asseoir sur un tabouret que nous avions là et s'est approchée de moi avec un morceau de tissu et un bouteille d'alcool à la main. La lumière sur la signification de ses gestes s'est soudain faite dans mon esprit. Elle voulait désinfecter la blessure que les petites - mais aiguisées - griffes du chaton aux yeux vairons m'avaient faite. 

Je me suis laissée faire, n'esquissant qu'une légère grimace lorsque le grossier tissu imbibé d'alcool a touché ma peau pour la première fois. Abi savait s'y prendre. Depuis un an, elle s'occupait de soigner mes petites plaies de ce genre. Elle avait demandé comment on faisait à la gouvernante et, au bout d'une semaine, elle avait apprit les gestes à faire pour toutes les sortes de blessures avec lesquelles je revenais souvent. J'ai souri intérieurement en me disant que cela attirerait peut-être Luke que sa probable future femme puisse s'occuper ainsi de lui. Quant elle à eu finit de me désinfecter, je les ai tous deux expressément priés de m'excuser et je suis partie m'exiler dans ma chambre afin de retrouver un peu de calme et de les laisser tous les deux. Je n'avais surtout pas envie de me retrouver au milieu de leurs roucoulements. A l'instant où je tournais la clé dans la serrure de la lourde porte de la pièce qui m'était réservée, un éclair a déchiré le ciel et le son des gouttes de pluie s'écrasant sur les carreaux a rempli la totalité de la maison - nous avions beaucoup de fenêtres - et quelques secondes plus tard, un coup de tonnerre a retentit dans l'air. Un sourire a illuminé mon visage alors que j'imaginais que j'avais laissé Luke Lynch sortir et qu'il était à présent trempé jusqu'au os et grelottant de froid, laissant des traînées de boue et d'eau sur le précieux carrelage du hall de mes parents.



27/08/2015
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