100% bouquin

Quand c'est arrivé...

1

 

Quand c'est arrivé, je faisais la cuisine. Elle était partie. Elle faisait toujours ça. Ses yeux se vidaient d'un coup et elle sortait en silence. Elle oubliait toujours son téléphone donc on ne pouvait pas la joindre. Je me doutais bien qu'elle ne reviendrait pas avant demain. Si on avait de la chance. Lui, il jouait à un jeu vidéo débile. Pas possible d'atteindre son cerveau dans ces moments là. Il était si concentré que rien d'autre que les images défilant à l'écran ne pouvait ne serait-ce que l'effleurer. Je coupais, je cuisais, je faisais ce que j'avais l'habitude de faire. Et notre téléphone fixe a sonné. Ça a été si brusque et si inattendu que j'en ai sursauté. Pendant que j'écoutais ce qu'on m'annonçait j'ai du faire une tête assez improbable, parce que j'ai réussi à l'arracher à son jeu. Et je lui ai annoncé la nouvelle. Il m'a regardé avec un léger air d'incompréhension et je me suis répétée. Il ne pouvait pas y croire. Comment est-ce qu'elle allait réagir ?

 

 

2

 

Quand c'est arrivé, je jouais à un jeu sur la télévision du salon. Une des deux filles était dans la cuisine. Je savais bien ce qu'elle pensait de mes jeux, mais bon, je n'étais pas aussi stupide que ce qu'elle pensait. Je savais parfaitement qu'elle coupait puis cuisait le poulet pendant que mon petit personnage pixelisé mourrait une énième fois. L'autre, elle avait disparu. On ne la reverrai sûrement pas avant un certain temps. Elle faisait vraiment peur quand elle partait se promener. Ses yeux semblaient tout vides, inexpressifs. Mais à force, on avait prit l'habitude de ses originalités. Après tout, elle ne faisait rien comme tout le monde. Je l'ai rapidement sortie de ma tête. Elle finissait toujours pas rentrer. Le bonhomme que je contrôlait est tombé dans une mare de lave. Dans un endroit reculé de mon cerveau, j'ai entendu le téléphone sonner. Du coin de l’œil, j'ai vu qu'elle sursautait puis qu'elle se hâtait d'aller décrocher. Depuis mon fauteuil, j'ai vu ses yeux s’écarquiller et ses sourcils se relever. J'ai détaché mon attention du jeu et l'écran a affiché un "GAME OVER" en grosse lettres rouges. Mais je n'y ai pas accordé d'importance. J'étais obnubilé parce ce qu'elle me disait. Je devais avoir une expression semblable à la sienne, mais je ne pouvais pas y croire.

 

3

 

Quand c'est arrivé, personne ne m'a prévenue. En fait, j'étais sortie. On ne peut pas vraiment dire que j'étais quelque part. Il me semble bien que j'ai marché, mais je ne me rappelle plus dans quelle direction ni pendant combien de temps. Donc, mon corps était bien à un endroit précis, mais "moi", mon âme si vous voulez, n'y était pas. Donc, quand je me suis aperçue que mon corps était dans cet endroit où je n'étais pas, j'ai profité de la vue. Il y avait une immense étendue d'eau grise et une jolie pleine lune au dessus de ma tête. Je ne savais pas avec certitude si il y avait ou non une mer ou un océan près de chez moi. Je ne pouvais pas non plus donner l'heure où j'avais quitté mon domicile. Mais l'endroit était magnifique et je ne me suis pas vraiment attardée sur ces questions. Après, j'ai laissé mon âme repartir et mon corps s'est remis à marcher tout seul. Le soleil pointait quand je me suis aperçue que j'étais chez moi. Elle était devant moi, lui aussi. Et elle a dit :

"..."

Je ne peux pas vous dire ce qu'il s'est passé ensuite. Si il y a eu un ensuite.

 

 

 

 



20/04/2015
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 11 autres membres