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Promenade au village

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Ma sœur et moi avons rapidement atteint le village. Les ménagères, suivies par des ribambelles de marmots bruyants, nous regardaient passer du coin de l’œil. Savaient-elles au moins lesquels de ces petits étaient les leurs ? Les prunelles curieuses desdits enfants suivaient avec intérêt le bas de la robe ornée d'Abigail, admirant sans discrétion les broderies et pointant du doigt les perles luisant sur sa gorge. Me tournant vers elle, je vis ce que je m'attendais à voir : elle prenait plaisir de se voir ainsi accorder de l'attention, même s'il ne s'agissait que de la progéniture de la classe la plus basse de la société. Grand bien lui fasse.

Son bras toujours calé sous le mien me permettait de la guider sans effort et j'admettais que c'était au moins pratique sur ce point. Je l'entraînais jusqu'à l'auberge et entrais sans hésitation, déterminée à en finir rapidement avec cette fastidieuse besogne. Le bâtiment était vide, à l'exception de l'homme rougeaud, atteint d'un embonpoint visible - qu'il n'était possible de qualifier ainsi que par politesse - à qui l'établissement appartenait. Lâchant mon aînée, je m'avançais vers lui d'un pas décidé.

"Bonjour M. Jacob. 

- Ah, la demoiselle Joyce. Et l'autre dame, c'est...?

- L'autre mademoiselle Joyce. 

- J'savais qu'vous viendriez quand on m'a dit qu'le p'tit Will allait tenter sa chance à la ville. 

- Oui. Son départ me met dans une situation embarrassante, il travaillait bien. 

- Un bon gars, ce Will.

- Pour le remplacer, j'aurai besoin de deux hommes. Bien sûr, si je suis satisfaite, vous serez récompensé comme d'habitude.

- Comme vous voudrez. J'vous sers quequ'chose ?

- Non, ça ira. Votre aide est appréciée M. Jacob."

J'attrapais la manche de la robe rosée de ma sœur et nous fîmes le chemin en sens inverse. Les yeux des badauds nous suivirent à travers tout le village. Le retour ma parut bien plus court que l'aller. Après avoir passé le portail en fer forgé et traversé toute l'allée pour atteindre le manoir, qu'elle ne fut pas notre surprise de voir - notre seigneur et maître, le magnifique, l'immense, le merveilleux - Luke Lynch attendait près du perron, l'air renfrogné. Je laissais Abi lui parler, non seulement elle s'était déjà précipitée vers lui, mais en plus elle serait bien plus douée que moi pour faire la conversation. Elle pouvait même lui dire que son retard était entièrement de ma faute, songeais-je alors que je m'éclipsais discrètement, car je supporterais sûrement mieux qu'elle d'avoir à subir les regards noirs de son futur mari pour le reste dans la journée. Après une pensée pour ce qui résulterait de ce mariage d'hypocrites, j'en vint à penser à mon propre mariage lorsqu'une révélation me heurta de plein fouet. Mes parents, qui prévoyaient tout si méticuleusement, avaient-ils...? Malgré mon ignorance à ce sujet, étais-je promise à quelqu'un ?!



15/05/2017
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