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Nous, peuple

Nous n'avons plus rien. Plus de patrie, plus de rêves, plus de temps ni de larmes. Nous ne sommes plus rien d'autre qu'un peuple vidé de sa substance et de sa vie. Un peuple mort et oublié qui se traîne dans les ruines de son empire, comme une proie agonisante rampe pour échapper aux prédateurs. Nous ne sommes plus à l'abri nulle part et aucun foyer ne nous attend.

La maladie ronge nos corps et la folie guette nos esprits. Nos vieillards font craquer leurs articulations usées à chaque pas. Nos hommes, autrefois forts et vigoureux, ont le visage creusé, et nos femmes, jadis solides et rayonnantes, ont les os saillants. Nos enfants apprennent à courir avant même de commencer à marcher.

D'un seul souffle exténué, notre peuple inhale juste assez d'air pour tenir jusqu'à demain. Mais notre respiration s'affaiblit de jour en jour, et certains d'entre nous s'effondrent dans la poussière pour ne plus se relever. A côté des rayons brûlants dont nous darde le soleil qui veille sur cette étendue sèche et désertique, les flammes de l'Enfer nous apparaissent salvatrices. 

La chaleur, le vent et la poussière ont parcheminé notre peau, asséché nos bouches et infecté nos plaies. Nos yeux aveuglés par la lumière et nos oreilles assourdies par le silence font état de l'engourdissement qui nous envahi peu à peu. Nous trébuchons sans cesse, déchirant notre épiderme fragile sur les pierres aiguisées du sol, fracturant nos os - que notre maigreur extrême a rendus visibles sous la peau et qui, une fois brisés, la transpercent presque. 

De nous, il ne restera bientôt plus rien d'autre que des carcasses nettoyées par les charognards et blanchies par le soleil. Pas un chant, pas une histoire ou la moindre forme de souvenir ne pourra faire perdurer notre mémoire. Nous nous mourrons, errants sans but et laissant gésir derrière nous ceux qui tombent pour la dernière fois. L'espoir, peu importe sa forme, n'est plus suffisant pour nous faire tenir. Aussi vrai que notre peuple a perdu son passé, il n'a aucun avenir. 

Lointaine est notre gloire passée, tandis que, squelettes décharnés, nous avançons péniblement sous l’œil vigilant des vautours.

Il faut l'admettre enfin : de notre peuple, est venue la fin.



24/03/2018
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