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Même après l'au-delà

Mon petit-ami et moi étions vraiment amoureux. Nous étions pourtant très différents : je n'était qu'une fille normale, parmi tant d'autres et lui, il étais le fils d'une famille plus qu'aisée.Nous étions alors en seconde année de lycée et le monde me semblait parfait. De quoi d'autre aurais-je eu besoin ?

L'un des meilleurs souvenirs que j'ai de cette époque pourrait être une de nos journées ensemble.  Il était venu me chercher en vélo à la fin des cours. Je finissais souvent plus tard que lui. Nous étions ensuite allés chez lui. Le luxe de l'endroit m'étonnait toujours. Alors qu'il me servait du thé dans une tasse en porcelaine qui valait sûrement plus cher que toutes les affaires que j'avais avec moi, je lui ai dit :

" J'ai croisé ta mère en montant.

- Ah ?

- D'habitude elle me dit juste bonjour mais là, elle m'a un peu parlé.

- Tu te préoccupe beaucoup trop des autres.

- Je ne veux pas déranger...

- Tu es trop gentille pour ton bien."

Il ma caressé la tête en souriant et j'ai répondu à son sourire. Nous avons passé l'après-midi ensemble en faisant des choses et d'autres puis il m'a raccompagnée chez moi car il commençait à faire sombre. Je me suis mise sur la pointe des pieds et nous nous sommes embrassés. Il est parti en agitant la main et je suis rentrée chez moi. Si j'avais su, je l'aurai retenu un peu. C'était la dernière fois que je le voyais.

Un an avait passé depuis notre dernier rendez-vous. Lui et sa famille s'étaient évaporés dès le lendemain. Apparemment, les affaires de son pères s'étaient brusquement effondrées. Enfin ces ce que j'avais entendu dire. Je déprimais depuis un an. J'avais conscience de mon état, bien sûr, mais je ne voulais pas spécialement en sortir.

Et puis, un jour, alors qu'une énorme tempête faisait rage, ma mère m'a appelée, clamant qu'une pile de courrier m'attendais. Je suis descendue en traînant les pieds et j'ai fait le tri. Publicité, publicité, encore et encore. Mais une enveloppe différente des autres a attiré mon attention. En voyant le nom de l'expéditeur, j'ai ouvert les yeux en grand, craignant qu'il ne disparaisse et je me suis empressée de déchirer l'enveloppe. Il me donnait rendez-vous le jour même, à la gare, de l'autre côté du pont. J'ai jeté un coup d’œil à l'horloge. Il me restait  trois quart d'heure. J'ai monté quatre à quatre les escaliers jusqu'à ma chambre. Je n'avais pas le temps de faire attention à ma tenue. Prenant mon manteau, j'ai quitté la maison en courant. Il pleuvait beaucoup. Et le vent était fort. Si fort que j'aurais pu m'envoler. J'ai courut , j'ai glissé, je suis tombée. Difficilement, je me suis relevée et je suis repartie. Je voyais le pont. Je suis de nouveau tombée, juste devant. J'ai commencé à traverser, le plus vite possible. J'était presque au bout. Et j'ai entendu un craquement suivi d'un grincement aigu. 

"Tient, il ne pleut plus, me suis-je étonnée."

A présent, je me trouvais devant la gare. J'ai tourné la tête de tous les côtés. Il n'était pas encore là. Et si il ne venait pas ? Puis enfin, après ce qui m'a paru être des siècles, je l'ai vu. Je me suis jetée dans ses bras en pleurant.

"Désolé je t'ai fait attendre pendant deux ans.

- Mais tu n'es parti que l'an dernier..., ai-je murmuré en reniflant.

- Tu sais a-t-il continué sans m'écouter, si je suis en retard aujourd'hui c'est parce que je suis allée quelque part avant de venir.

- Quelque part ? Où ça ?

- Sur ta tombe."

Je me suis détachée de lui lentement, avec horreur. Le pauvre, il délirait complètement. Ce n'était pas possible, pas vrai ? Les sons que le pont avait émis me sont revenus en mémoire. Une sensation d'eau glacée m'entourant de toutes part m'a envahie. J'ai levé les yeux pour regardé le ciel. Il était bien trop clair pour que nous sortions tout juste d'une tempête. Le sol était bien trop sec. J'ai de nouveau regardé mon petit-ami. Je pleurais encore.

"Alors je suis vraiment morte ce jour-là ?"

Il a simplement détourné le regard. Ça voulait tout dire.

"Donc... Donc je suis un fantôme ?"

Il ne m'a pas donné de réponse. Il ne devait pas savoir non plus.

"Tu n'as pas peur ?"

Il a secoué la tête.

J'étais morte. Je n'avais pas d'autre choix que de faire avec. J'ai séché mes larmes.

"Si on partait pour notre rendez-vous ? Il nous faut un... beau souvenir, non ?"

J'ai pas ajouté que ce serait le dernier. La dimension donnée aux mots aurait été trop dramatique. Nous nous sommes promenés, comme tous les autres couples. Il a essayé des lunettes de soleil affreuses, j'ai enfilé des robes trop grandes. Il a porté des chapeaux et j'ai essayé de marcher avec des talons hauts. Nous avons ensuite mangé une glace. Il se faisait tard. Il m'a fait monter dans sa voiture et il m'a conduite au cimetière. Il n'avait pas menti. Un jolie pierre à la teinte rosée portait mon nom et un magnifique bouquet trônait dessus. Nous nous sommes pris par la main avant de nous embrasser avec tendresse. Et, alors que je le regardais dans les yeux, je me suis désagrégée. 



25/11/2015
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