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Maison

Il y avait un petite maison, au milieu de nulle part. Elle avait l'air perdue, au centre du champ dans lequel elle avait été construite. C'était une vieille maison, avec des murs faits de grosses pierres et un toit de tuiles rouges, le genre de bâtiment solide que l'on veut voir tenir plusieurs vies. Avoir une maison de ce type devait être l'assurance d'avoir quelque chose à léguer à ses proches dans le passé. La longévité des humains a augmentée, bien sûr, et ces endroits se font de plus en plus rares désormais, remplacés par des immeubles de verre et d'acier ou des supermarchés au parking goudronné.

Ce n'était pas la campagne pourtant ; car j'habitais moi-même dans une de ces infrastructures sans cachet que j'abhorre tant aujourd'hui. Non, c'était dans la banlieue, au abords d'une grande ville, dans un pays pas si grand que ça, mais qui avait suffisamment de renommée pour avoir un capital touristique rapportant de l'argent tout au long de l'année. La maison semblait toujours avoir été là, au milieu de son petit champ. Je n'avais jamais compris comment les villes laissaient place aux champs et inversement. Même durant les trajets en voiture, jamais je n'avais éclairci ce mystère : nous roulions en ville, je regardais distraitement par la fenêtre, le paysage défilait et je réalisais soudain que de vastes plantations de végétaux que je ne reconnaissais pas nous entouraient. Ce passage invisible de l'un à l'autre avait quelque chose de fabuleux, presque magique pour la fillette que j'étais alors. Mes interrogations étaient vouées à rester plus ou moins sans réponse si je voulais préserver la féerie de la chose.

Enfant, je me plaisais à imaginer l'histoire de la maison, ou ses habitants actuels. Parfois, c'était un couple de retraités qui se réjouissait d'accueillir ses petits-enfants pendant les vacances scolaires, à d'autres moments j'y voyais deux trentenaires, dans l'âge d'or de leur vie, avec un ou plusieurs enfants et peut-être aussi, pourquoi pas, un petit chien blanc qui gambadait partout en aboyant.

Lorsque j'ai été plus âgée, le lieu s'est vu ajouter du mystère et un irrésistible parfum de liberté. A mes rêveries innocentes se greffèrent alors des courants d'air froids, des trésors pirates oubliés, des portes bougeant de leur propre chef et des fantômes de temps immémoriaux.

Pendant toutes les années où je rêvassais à son propos, la maison se rapprochait de la ville qui envahissait peu à peu le petit champ, le grignotant doucement mais sûrement, morceau après morceau. La décision de détruire la maison fut prise de façon spectaculairement ordinaire lors d'un journée banale et l'on ordonna que cela fut accompli sans délai.

Le lendemain, elle avait disparu. J'en arrêtais de rêver. 



25/01/2017
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