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Le Chat Blanc

Je ne peux pas parler aux gens. Chaque fois que j'essaye, je deviens tout rouge et les mots se coincent dans ma gorge, comme si ils voulaient m'étouffer. Pourtant, je ne leur ai rien fait à ces mots, moi. Alors, chaque fois qu'on m'adresse la parole, je prends la fuite le plus vite possible. "Phobie sociale". C'est ce qui est écrit sur mon bulletin scolaire depuis que je suis tout petit. Mais il est aussi inscrit "amoureux des animaux". Pour m'entraîner, je parle avec les chats du voisinage, le soir avant de rentrer chez moi, en passant par un vieux parc où presque personne ne va. Ils m'adorent vraiment. 

"Aujourd'hui, j'ai failli réussir à parler. Je vais bientôt y arriver, n'est-ce pas ?"

Le gros matou noir et gris qui était installé sur mes genoux a ronronné et les autres, un roux, un brun et un beige ont miaulé.

"Je vais prendre ça comme un encouragement !

- Tu parles avec les chats ?"

Sur un toboggan, il y avait une fille aux étranges cheveux blancs. Elle se tenait assise, bien droite et portait un uniforme que je ne connaissais pas.

"Je m'appelle Krystal Jones, a-t-elle continué. Et toi ? Je t'ai déjà vu parler aux chats, mais je n'avais encore jamais eu la chance de venir te dire quelques mots."

Et comme ce n'était pas habituel qu'on me parle autant, je me suis mis à rougir et je ne savais pas quoi lui répondre. Elle attendais patiemment que je lui parle mais je n'ai pas pu et je suis partit en courant. Elle ne m'a pas suivi. 

Le lendemain, en me rendant au parc, j'ai vérifié qu'il n'y avait personne. J'ai commencé ma conversation avec les chats mais ils sont tous partis vers le toboggan et en levant la tête pour voir ce qui les attirait, j'ai reconnu la fille aux cheveux blancs. J'allais de nouveau fuir quand elle a sauté avec souplesse du haut du jeu pour me rejoindre.

"Tu es partit bien vite hier ! Je n'ai même pas eu le temps de te suivre. Tu es trop timide !"

Elle a continué à faire la conversation pour nous deux. Elles était là tous les soirs quand je passais par le parc. J'ai fini par lui parler un peu. Elle était vraiment gentille cette fille. Et puis, un jour, elle n'est plus revenue. Les jours se sont égrainés, les semaines se sont succédées et un mois à fini par passer. Alors que je commençais à m'ouvrir un peu, je me suis de nouveau renfermé sur moi-même. Un jour, alors que je rentrais chez moi, plus morose que jamais, j'ai entendu ma mère parler de Krystal, le chat de la vieille madame Jones. Apparemment, elle était morte d'une maladie, il y a deux jours. Alors j'ai compris. Je me suis rappelé de ce chat blanc qui s'asseyait bien droit que j'avais trouvé dans la rue dans années auparavant. Lorsque la vieille propriétaire de l'animal l'a enterrée, j'y suis allé et j'ai regardé le ciel. Peut-être que Krystal y était. Alors je l'ai remerciée, silencieusement, mais de tout mon cœur. Et, en pensant à elle, qui avait tenté de me faire sortir de ma solitude, j'ai décidé de faire de mon mieux moi aussi. Alors que je partais, j'ai entendu madame Jones, agenouillée devant le petit tertre, murmurer quelque chose qui ressemblait à : "J'espère que ton message est passé"



08/02/2016
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