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Dans la montagne et l'hiver

Le vent froid de l'hiver soufflait, en de violentes bourrasques, semblant geler mon sang dans mes veines et changer les petits nuages de mon souffle en cristaux. Les épines des pins paraissaient plus noires que vertes dans l'obscurité crépusculaire qui m'entourait. Des flocons énormes virevoltaient, soumis à la force de l'air, s'écrasant dans mes cheveux, déjà glacés, pendants en fins stalactites autour de mon visage, et dans mes yeux, m'aveuglant peu à peu. Le vent hurlait, d'un cri lugubre et sauvage, plus puissant que celui de n'importe quel animal, m'assourdissant un peu plus à chaque seconde. Lorsque je clignais des yeux, j'avais l'impression de changer de lieu et je ne reconnaissais plus rien autour de moi. Il m'était impossible de sortir de ce labyrinthe, créé de toutes pièces par la nature pour m'empêcher de fuir. Tant de précautions n'étaient pas nécessaires ; je ne comptais pas m'en aller de toute façon. J'avais beau être frigorifiée, je n'avais aucun désir de rentrer. D'ailleurs, en y pensant, je n'avais probablement nulle part où rentrer. Et je n'aurais pas su rentrer. Je ne sentais plus mes doigts, ni mes orteils. Les picotements de mes joues, provoqués par les flocons qui me cinglaient le visage, avaient disparu, remplacés par une sensation de froid intense et l'impression que j'avais les muscles du visage paralysés. Le froid a rapidement été remplacé par la douleur. Le fait même de marcher était difficile à présent. J'ai aperçu une lumière au loin et je lui ai tourné le dos tant bien que mal. Au bout de quelques mètres, je me suis trouvée face à une plaque verglacée. Affronter la pente de la montagne était déjà ardu sans cette variante. En voyant mon reflet, j'ai constaté la pâleur extrême de ma peau et l'étonnante teinte bleutée, violacée même, que mes lèvres avaient prises. Je n'allais plus tenir très longtemps à ce rythme. En voulant contourner l'obstacle, j'ai chuté, sur le ventre, le visage dans la neige. Il avait suffit que j'y pense pour que mes jambes cèdent. Je ne ressentais rien, pas même le froid, presque comme si tout était parfaitement normal. C'était presque usuel d'être allongée, là, au milieu de nulle part. J'étais tellement fatiguée... Je pouvais bien fermer les yeux, n'est pas ? Seulement quelques instants, quelques minutes... Mes paupières se sont closes. 



14/12/2016
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