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Briefing n°4

Le lieutenant était affalé sur son siège, dans la salle de conférence vide, close et aux rideaux tirés. Il avait les traits tendus, et à chaque bruit dans le couloir, ses yeux se tournaient vers la porte tellement vite qu'on les aurait cru animés d'une vie propre. Mais personne ne pénétrait dans la pièce conformément à ce qu'il avait demandé. Se retrancher dans son bureau aurait été trop simple, trop évident ; la presse et les civils n'auraient pas hésité à entrer. Et il n'avait rien à leur dire. Là, au moins, c'était presque comme s'il avait totalement disparu de la circulation.

Il se redressa, le visage fermé, et posa son menton sur ses mains croisées. Son téléphone se mit à vibrer, le faisant sursauter. Il jeta un coup d’œil las à l'appareil, mais le numéro de l'expéditeur le poussa à lire le message. Arrivant à la fin de sa lecture, il saisit vivement toutes ses affaires et sortit en coup de vent de la salle. Les autres policiers le virent passer avec un étonnement non feint mais aucun n'eut le temps de dire quoi que ce soit. Il était déjà partit.

Une fois arrivée dans l'aile scientifique du commissariat, il se dirigea droit vers le laboratoire d'analyses ADN. La jeune femme qui l'avait aidé la fois précédente l'attendait. Elle lui désigna sans un mot un écran d'ordinateur. Après l'avoir laissé examiner l'image, elle le força à se tourner vers elle. Le lieutenant avait les yeux brillants. Il lui attrapa le poignet et la tira derrière lui. Ensemble, ils retraversèrent tout le commissariat dans le sens inverse de celui qu'il avait emprunté quelques minutes plus tôt. Elle se retrouva poussée dans la salle de conférence par le jeune homme surexcité. Il appelait maintenant les policiers présent et, rapidement, pratiquement tout l'effectif se retrouva dans la pièce. Si un instant auparavant elle semblait immense et vide, à présent, elle avait plus l'air étriquée qu'autre chose. 

Le lieutenant fit face à l'assemblée, la frêle experte scientifique à ses côtés, quoique légèrement en retrait. Il passa rapidement sur les détails concernant la victime. Jenny Drewer, sept ans et demi, rien de particulier en soit si ce n'est qu'elle était morte, poignardée des dix-sept coups de couteau habituels. Malgré la présentation sommaire, assez rapide et édulcorée, du crime, un frisson d'horreur parcourut les policiers, même les plus endurcis : les enfants, c'était vraiment différent des adultes, plus violent d'une certaine façon. L'orateur ne s'arrêta pas pour si peu. Maintenant qu'il avait une piste, autant l'annoncer. Il continua sur ce qui était, à son sens, le plus important.

Encore une fois, un fibre noire, semblable à la précédente, avait été trouvée sur le corps. Après analyses, elles avait été définitivement catégorisées comme identiques. Mieux encore, il s'agissait d'une laine assez rare et chère : impossible de trouver une qualité pareille sur internet ou dans n'importe quel magasin. Une liste des établissements en produisant et en utilisant allait être dressée au plus vite. Tous les policiers semblaient avoir repris confiance. Avec ce début de piste, tout semblait s'arranger. Grâce à ce minuscule morceau de preuve, cette insignifiante fibre de tissu foncé, l'enquête allait pouvoir vraiment avancer. 



03/11/2016
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